Références de votre traductrice à Crêts en Belledonne

La traduction, une discipline à ne pas mettre entre toutes les mains

Nombreux sont les commerciaux et autres charlatans qui s’autoproclament « traducteurs » en étayant leurs compétences sur un prétendu « bilinguisme ». Dans une telle affirmation, deux erreurs : le bilinguisme ne concerne pas que la maîtrise d’une langue (lue, écrite et parlée couramment), ce concept intègre aussi toute l’histoire, les valeurs, les références, en un mot la culture du ou des pays où la langue en question est officielle. Quel directeur commercial peut se targuer de connaître les spécificités du système scolaire anglais, le nom du Ministre italien de l’économie dans les années 60, par exemple ? L’autre erreur concerne la fausse croyance qu’en traduction, un mot = un mot. Ces traducteurs autoproclamés ne savent pas ce qu’est un contresens, un faux-sens, un barbarisme ou l’utilisation impropre d’un terme, entre autres fautes que seul un professeur de traduction, fût-il professionnel ou universitaire, connaît. Ils ne connaissent d’ailleurs pas la différence entre « mot » et « terme ». Leurs lacunes transparaissent dans la médiocre qualité de ce qu’ils osent appeler leurs « traductions » : on sent qu’ils sont collés au texte source, comme s’ils avaient peur de s’en éloigner comme de couper un cordon ombilical qui leur apporterait l’oxygène. Ces concurrents déloyaux et illégitimes n’ont jamais entendu parler de la modulation, de la transposition, ou encore du chassé-croisé, entre autres procédés de traduction - qu’on n’improvise pas.

Leur compétence fantasmée est mise à mal par le simple fait que, tous fiers qu’ils sont de « maîtriser » une langue étrangère (alors que quand ils la parlent, on entend bien souvent le croassement des grenouilles sautées à l’ail, et je ne parle que de l’accent), ils en oublient que la traduction est une gymnastique de l’esprit à laquelle ils ne sont pas habitués. Comme ils sont les plus forts des meilleurs et comprennent tout, absolument tout (y compris les clauses des contrats, le guide de montage d’une moto ou un compte-rendu opératoire, nous sommes bien d’accord), dans la langue qu’ils sont convaincus de maîtriser, ils n’ont jamais pris l’habitude de convertir ces mots et expressions étrangers dans leurs langues maternelles.

Regardez les phrases bancales qu’ils osent brandir fièrement, en les qualifiant de traductions ! Dès que vous lisez un texte incompréhensible ou maladroit, ne cherchez plus : c’est le méfait d’un de ces « bilingues » surhumains. Le slogan d’une société internationale, établie aux États-Unis, est par exemple « We change the way the world does business ». (Ce slogan est déposé.) La traduction littérale est « nous changeons la manière dont le monde fait des affaires ». Cette « traduction » littérale a tout de la version scolaire, et pas grand-chose de la traduction professionnelle. En effet, le propre d’un slogan, c’est d’être percutant et facilement mémorisable. Le français est naturellement plus long que l’anglais (coefficient de foisonnement de 20 %) et cette contrainte complique donc la traduction des slogans, et autres phrases ou expressions qui se veulent percutantes. Une traduction acceptable serait « nous changeons la manière de faire des affaires ». Non seulement parce que « le monde fait des affaires » est une formulation bancale. Depuis quand « le monde » (sous entendu la planète Terre) fait-il des affaires ? Jolie personnalisation d’un astre, fort heureuse et bien trouvée si nous étions dans un contexte poétique. Ce n’est pas parce que les Américains emploient ce « world » à tort et à travers qu’il faut tomber dans le piège et reprendre aussi docilement que fidèlement la syntaxe de départ ! Ce qu’on traduit, c’est le sens, PAS un enchaînement de mots. Une traduction vraiment efficace serait « changeons la manière de faire des affaires ». Avec ce passage à l’impératif, on introduit un dynamisme bienvenu et parfaitement adapté tant au contexte qu’à la finalité de ce slogan. Et pourquoi pas « changeons le monde des affaires », comme ça tout le monde est content, on arrive à caser ce « monde », et on évite le maladroit et alambiqué « manière de faire ». Mais… Devinez quelle traduction a été « choisie » ? Devinez comment ce slogan figure-t-il sur tous les supports de cette société américaine ? Bingo… « Nous changeons la manière dont le monde fait des affaires » ! (Moi, je dois reprendre mon souffle après tout ça…)

Alors, toujours envie de confier votre traduction à un « bilingue » ? Et vous, chers « bilingues », toujours convaincus d’avoir EXACTEMENT le même niveau en français que dans l’autre langue ? Ne mentez pas : quand vous lisez dans cette autre langue et que vous voyez une date, vous la lisez en français hein, avouez. Quand vous devez étudier les subtilités d’un devis, décortiquer les conditions générales de votre police d’assurance, ou parler mécanique avec le garagiste, y arriveriez-vous dans cette autre langue ?